Charlotte Flechet

Au cours des cinq dernières années, le paysage énergétique mondial a énormément évolué, tout comme la perception que nous avons des énergies renouvelables. Autrefois considérées comme marginales et fort couteuses, elles sont désormais de plus en plus perçues comme une alternative nécessaire, efficace et abordable aux énergies fossiles.

Pour exemple, 164 états disposent désormais d’objectifs spécifiques pour leur production d’énergies renouvelables, contre 43 pays il y a 10 ans. En terme de capacité, il y a aujourd’hui deux fois plus de nouvelles additions provenant du secteur renouvelable que des secteurs nucléaire et fossile combinés. Le potentiel de développement des énergies renouvelables est énorme.

Les énergies renouvelables, première source d’énergie d’ici à 2030

Lors d’une présentation en marge de la COP21 à Paris, le directeur de l’Agence Internationale pour les énergies renouvelables (IRENA), Adnan Z. Amin, a comparé la transition énergétique que nous vivons en ce moment au passage des lignes téléphoniques aux téléphones portables. La révolution est en marche et la situation évolue extrêmement rapidement.

Selon Adnan. Z. Amin, le prix des panneaux photovoltaïque a baissé de 75% ces cinq dernières années et aussi bien le solaire que l’éolien sont à présent compétitifs avec d’autres sources d’énergie. En Allemagne, l’explosion de la production d’énergie décentralisée a totalement ébranlé le secteur de l’énergie. Des compagnies fortement centralisées, comme E.ON sont de moins en moins compétitives et forcées à se restructurer. L’entreprise a perdu 3.2 milliards d’euros pour la seule année 2014 et a désormais prévu de se scinder en deux entités : l’une se focalisant sur les énergies renouvelables tandis que l’autre continuera ses activités dans le fossile. L’entreprise américaine Peabody Energy, la plus grande société privée dans le domaine de la production de charbon, a, elle aussi, vu ses actions s’effondrer et perdre près de 87% de leur valeur au cours des cinq dernières années.

Le secteur de l’énergie est aujourd’hui responsable de deux tiers des émissions globales de gaz à effet de serre (GES). Néanmoins, grâce au développement des énergies renouvelables, on observe de plus en plus un découplage entre les émissions de gaz à effet de serre et la croissance économique. Cette transition permet par ailleurs d’éviter les externalités négatives liées à la consommation de combustibles fossiles, responsable de la mort prématurée de millions de personnes exposées à la pollution ainsi que de nombreux problèmes environnementaux qui affectent notamment la qualité de l’air et des eaux.

Selon IRENA, les énergies renouvelables peuvent fournir la moitié des réductions d’émissions nécessaires pour maintenir l’augmentation des températures sous 2°C. Elle maintient également que le renouvelable et les améliorations en matière d’efficacité énergétique sont les seules technologies capables d’être déployées assez rapidement et à une échelle suffisamment grande que pour pouvoir espérer combler l’écart entre l’objectif international de 2°C et la trajectoire actuelle de 2.7°C, dans le cas de figure où tous les pays mettent effectivement en œuvre leurs engagements climatiques (INDCs).

L’Agence Internationale de l’Energie affirme que, si les états mettent effectivement en œuvre les promesses qu’ils ont faites en amont de la COP21, les énergies renouvelables seraient en route pour devenir la première source d’électricité au monde dans les quinze prochaines années, devançant dès lors le charbon, le pétrole et le gaz.

Le monde se mobilise mais la Belgique est à la traine

Réorienter les soutiens publics et privés vers des énergies renouvelables permettrait d’augmenter l’indépendance énergétique de la Belgique – qui importe aujourd’hui 94% de son énergie – tout en soutenant la création d’emploi en Wallonie. Dans le cas de figure où la Belgique tirerait 20% de son énergie de sources renouvelables en 2020, le retour local sur investissement équivaudrait à environ 45%.

Le secteur privé n’est pas en reste et se mobilise également en faveur des énergies renouvelables. Le mois dernier, Allianz, la plus grande compagnie d’assurance au monde, a annoncé qu’elle allait retirer ses investissements des entreprises tirant plus de 30% de leur chiffre d’affaires de l’exploitation du charbon, et réinvestir cet argent en faveur de l’énergie éolienne, ce qui pourrait déplacer près de quatre milliards d’euros vers le secteur.

Le vent tourne et plusieurs annonces ont déjà été faites à la COP. Ce lundi, le président indien Narendra Modi a annoncé l’initiative « International Solar Alliance » en compagnie du président français François Hollande. Ouverte à tous les pays des tropiques, l’Alliance vise à renforcer la coopération en matière de formation, questions réglementaires et investissements liés à l’énergie solaire et prévoit également la réalisation de projets communs. Le même jour, 19 nations y compris les USA, la Chine et l’Inde, se sont engagé à doubler leur investissement dans les énergies renouvelables d’ici à 2020, rejoignant les efforts d’une autre initiative privée menée par Bill Gates de Microsoft et Mark Zuckerberg de Facebook afin de financer les énergies propres.

En Belgique, on risque malheureusement de louper le coche. Au lieu d’investir dans l’énergie du futur, nos politiques se tournent vers le passé. La toute récente décision de prolonger Doel 1 et 2, ainsi que le rabaissement des objectifs de production d’énergies renouvelables en Wallonie de 20 à 13% d’ici à 2020 envoient de mauvais signaux aux investisseurs. Nous avons en Belgique, un énorme potentiel de développement des énergies renouvelables avec notamment des exemples de classe mondiale au niveau de l’éolien offshore, mais nous manquons cruellement d’ambition et de direction.

Aujourd’hui, près de 88% des Belges demandent davantage de soutien aux énergies renouvelables de la part des autorités publiques (sondage IPSOS cité par Greenpeace). Alors que de nombreux pays en développement ont embrassé la voix des énergies renouvelables, la Belgique refuse d’entendre la voix de son peuple et continue dans la voie dangereuse de l’inertie. Il n’est pas étonnant, dès lors, que près de 950 ONG aient décidé de remettre à notre pays le titre de Fossile du jour pour son manque criant d’ambition climatique et ses politiques du passé, inadéquates pour faire face aux défis du futur.

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